Inspiré par par JP sur http://www.blogdudemocrate.org le 4/09/07
Articles et commentaires font apparaître ce mouvement démocrate comme un pôle social-libéral, environnemental, européen : non assimilable avec une gauche française idéologique, incompétente et irresponsable, relevant à présent de l’inutile, ni avec une droite des intérêts, des affaires, conservatrice, populiste, relevant du sénile.
Ses axes d’interventions privilégiés sont l’égalité des chances, donc les déterminantes politiques d’éducation et de la famille ; l’Etat impartial donc l’importance d’une justice équitable, d’une sécurité égale mais aussi une vraie démocratie représentative avec un Etat géré de façon juste ; une politique économique industrielle, de l’investissement, donc de la recherche et du développement, bref de l’Intelligence Economique ; une politique environnementale préparant notre avenir, participant d’ailleurs d’une nouvelle recherche à privilégier en matière d’énergie ; et une volonté européenne préservant le modèle de notre civilisation.
Et si on se posait la question du qui : qui est un démocrate ? Ou plutôt, puisque le MoDem a été créé, répondant, j’espère, à notre attente, les membres du MoDem : qui sont-ils, en quoi se particularisent-ils ?
A mon avis, une analyse sociologique peut être très “parlante” pour comprendre l’évolution d’un mouvement, sa transformation, les tendances préfigurant son avenir, les nouvelles pratiques aussi pour le fonctionnement même de son mouvement.
Les MoDems, dépassement de l’UDF
L’UDF était sociologiquement un parti de “notables”, de “province”, souvent “ruraux”, avec une prédominance de professions libérales et d’entrepreneurs, un haut niveau d’éducation, des post-cinquantenaires dominants, et une pratique religieuse supérieure à la moyenne des Français.
A présent (1), si demeure la particularité du niveau d’éducation, le MoDem est plus jeune : 1/4 ont moins de 25 ans, 75 % ont moins de 60 ans, et le poids des actifs est prédominant (50 %).
Géographiquement (2), c’est dans le grand Ouest, l’Est, et la diagonale Bayonne Chambéry que pèse fortement son électorat, à l’inverse du FN. Là, rien de changé. Par contre, le MoDem est un urbain : c’est dans les villes que le vote aux présidentielles et législatives fut important, notamment les grands villes.
Les “cadres et professions intellectuelles”, et les “professions intermédiaires” représentent à présent 40 % de ses professions (!), pendant que les “Indépendants” (professions libérales, petits et moyens entrepreneurs) sont supplantées (passant de 2O à 11 %) par les ”employés” (13,5 %), au même niveau que les “ouvriers” (12 % !). On peut constater de plus une importance des professionnels de l’enseignement et de la santé…
Le MoDem est donc caractéristique des classes moyennes d’aujourd’hui : il vit dans un espace urbain, a moins de 50 ans. Professions intellectuelles-cadre-cadre sup, et indépendants, se voient renforcés par les intermédiaires en augmentation notable, et “pèsent” pour plus de la moitié de ses professions. Employés et Ouvriers représentent à présent un gros quart de sa répartition professionnelle.
La composition sociologique du MoDem a donc muté : auparavant caractéristique d’une sociologie de droite classique, elle ne bascule pas pour autant vers le milieu de la gauche populaire, elle a sa propre particularité…
D’après une étude du CEVIPOF, on pourrait diviser en 3 les identités politiques du MoDem : “Bayrou de gauche”, “libéraux” et “conservateurs”.
Les “Bayrou de gauche” sont une nouveauté. Ils proviennent d’un électorat de centre-gauche, plutôt libéral et européen, très exigeant en matière de pratiques démocratiques et d’égalité. Ils se sont séparés du PS car ne croient plus en un retour aux réalités de celui-ci.
Les “libéraux” étaient caractéristiques de l’UDF : très favorables au libéralisme économique, européannistes, non hostiles aux immigrés.
Les “conservateurs” sont à la fois nouveaux et anciens. On y trouvent des démocrates-chrétiens plus conservateurs en matière de valeurs morales. Mais une partie de cette catégorie a évolué vers l’UMP. C’est une fraction de l’ancienne gauche qui l’a rejointe (!), proche des chevènementistes, donc plus eurosceptiques mais surtout exigeants en matière d’autorité et de présence de l’Etat.
On pourrait dire que la gauche sacrifie la réalité économique pour des exigences sociales quand la droite ignore la réalité sociale pour ses exigences économiques.
Le MoDem s’adapte aux réalités économiques sans sacrifier les réalités sociales…
Conséquence socio-politique
Les classes d’âges prédominantes sont celles qui ont connues les alternances de gauche et droite : elles savent les responsabilités de celles-ci dans l’appauvrissement des Français et l’inadaptation de la France (3) :
- L’Europe est un espace culturel et économique normal pour eux
- 70 % des richesses appartiennent aux 65 ans et + quand la pauvreté augmente ches les - de 25 ans. Les MoDem sont donc pleinement conscient de cette réalité… (4).
- Les pollutions atteignent notre santé et ce sera pire pour nos enfants.
- Les classes moyennes connaissent une désagrégation nouvelle comme sait l’expliquer Louis Chauvel (5). L’héritage, le transfert de biens immobilier, redevient le critère de différenciation, à présent même le fossé. Pour des personnes ayant les mêmes diplômes, revenus, le niveau de vie est radicalement différent selon qu’ils ont au départ un patrimoine ou non.
Les MoDem sont donc particulièrement conscient que ce n’est plus le mérite, l’activité qui fait le niveau social mais le patrimoine. Comme ils savent que l’avenir n’est pas radieux, à l’inverse de leurs aînés, et comme le présent est moins brillant que le passé…
Ce qui est nouveau avec le MoDem, par rapport à l’UDF, c’est qu’à la connaissance de la réalité économique, s’ajoute une conscience sociale.
Conséquences politiques
- la politique familiale et l’éducation sont les deux moyens de s’élever pour ceux qui n’ont pas de patrimoine
- le libéralisme économique est nécessaire mais pas suffisant
- l’Etat doit imposer l’égalité des chances et être impartial
- l’Europe n’est pas nécessaire mais la norme
- l’environnement est une politique de survie
- cet électorat ne se reconnaît pas dans les ps et ump. la proportionnelle doit permettre son expression, sinon les “déviances” risquent de revenir…
Concernant le fonctionnement du MoDem, celui-ci ne sera plus le même que celui de l’UDF du fait de cette évolution sociologique et des habitudes de ses nombreux impétrants :
- l’UDF était un parti de notable que F. Bayrou avait fait évoluer vers un parti de militants. Ceux-ci sont plus nombreux que les cadres de ce parti.
- A présent, la mutation consiste dans le fait que ce ne seront plus les élus, et donc les intérêts d’élus, qui dicteront la vie du parti. Ce sera le fonctionnement du parti, à l’instar du ps, et donc les militants, qui dictera la sélection des élus et les politiques à suivre. La “vie de parti” devient ainsi prioritaire. Le fonctionnement démocratique sera donc exigé. La nouvelle difficulté sera de faire coexister fonctionnement démocratique et efficacité, ne pas tomber dans les travers des Verts ou de l’UMP
- la structuration devrait se faire autour de “villes-capitales”
Le MoDem ne pourra se limiter à se définir, comme le fit l’UDF, comme libéral et européen. Lié aux classes moyennes, urbain, aux prises avec l’activité économique et sociale, le MoDem est un dépassement de l’UDF. Avec le passage par les élections présidentielles et législatives, la rencontre entre F. Bayrou et les Français, l’UDF a donné naissance à une forme politique qui n’est plus elle, ou plus seulement…
Le MoDem se définira d’abord comme démocrate : social-libéral, européen et environnemental.
Notre blog et ses débats sont donc au coeur de cette mutation…
(1) étude du CEVIPOF pour le ministère de l’Intérieur, sur panels de mars à juin 2007
(2) carte sur la répartition des votes du journal Le Point après le 2d tour des présidentielles
(3) D. Jeambar, “Nos enfants nous haïront”
(4) L. Guimier, N. Charbonneau, “Génération 69″
(5) L. Chauvel, “Les classes moyennes à la dérive”